A la rencontre de Bocar Alpha Sow, en Mauritanie

A la rencontre de Bocar Alpha Sow, en Mauritanie

Témoignage de Bocar Alpha Sow, en Mauritanie

En Mauritanie, le dérèglement climatique perturbe gravement le calendrier des pluies et des récoltes, appauvrissant les familles et augmentant les risques de maladies des personnes et du bétail.

Bocar Alpha Sow est chef de service à la Délégation de l’Agriculture de la région du Gorgol. A ce titre, il documente les risques climatiques qui menacent les éleveurs et producteurs, et travaille aux solutions conçues avec les populations et les ONG pour s’adapter aux conditions climatiques extrêmes.

Dans la région du Gorgol, les principaux risques liés au climat qui affectent la population sont les oiseaux granivores, les déficits pluviométriques, la faiblesse des rendements des cultures, les récoltes prématurées. Cette situation se retrouve dans toute la région. Aujourd’hui, seul le secteur du maraîchage prévoit de bonnes productions.

Généralement, nous faisons face à différents problèmes : la conservation des denrées produites, les circuits de commercialisation, les bradages des récoltes quand les paysans ont besoin d’argent, la hausse des prix par les revendeurs qui récupèrent ces denrées et les mettent sur le marché, les maladies du bétail, la fonte et à la raréfaction de semis mais aussi le traitement de semences. Nous rencontrons aussi des problèmes de maladies cryptogamiques qui sont causées par des champignons. Ainsi, les ménages voient leurs revenus et leurs moyens de subsistance diminuer.

A la Délégation de l’Agriculture, nous organisons des ateliers de planification au niveau des quatre départements de la région du Gorgol pour anticiper les besoins, planifier la disponibilité des semis et des productions. Nous organisons aussi un programme de suivi rapproché pour avoir une influence sur les tendances qui affectent les cultures, la région et les populations.

En parallèle, des actions ponctuelles sont organisées avec des distributions de fongicides, et l’organisation de comités villageois de lutte avant l’hivernage ou encore la mise en place de bilans afin de capitaliser les leçons apprises, et enfin nous mettons en place des stocks dans les zones de proximité. Nous misons aussi sur la formation et l’encadrement des paysans et sur les rencontres inter-villageoises et les foires nationales.

On en ressort avec des résultats positifs. Les villageois ont réintroduit la lutte traditionnelle et les battues pour dénicher les oiseaux et privilégient des produits non toxiques pour les populations. Les formations et l’encadrement rapproché avec des Agents Vulgarisateurs de Base (AVB) sont bien accueillis par la population. Les AVB sillonnent la région et disposent de l’information et du suivi à jour afin de faciliter la disponibilité d’information pour les villageois et donc leur permet d’anticiper la gestion de leurs cultures.
Formations et encadrement des agriculteurs et des éleveurs sur les bonnes stratégies d’anticipation par rapport aux prévisions météo se traduisent concrètement dans leurs décisions.

Pour faire tout cela, il faut des moyens, un personnel qualifié et motivé. Il faut maintenir la régularité des déplacements sur le terrain pour les supervisions, ce qui suppose une disponibilité des moyens de supervision et un encadrement régulier des producteurs, car la disponibilité des intrants à temps, au moment opportun identifié ensemble, est un facteur important eu égard au calendrier des cultures.

Il faut aussi privilégier la rigueur dans le suivi, la formation et l’encadrement rapproché.
Dans des zones où le déficit de pluie est fréquent, il faut renforcer le maraîchage, prévoir un plan de contingence avec une aide d’urgence, penser à des retenues derrière les barrages pour fixer l’eau et permettre des cultures derrière barrages avec restauration et régénération des sols.

Le plus grand impact de l’intervention d’Action contre la Faim ici, c’est le plus positif aussi, c’est que l’ONG a permis de fixer les populations dans des lieux de résidence. Dans les zones où intervient Action contre la Faim, les populations ont malheureusement fortement pratiqué la stratégie de l’exode rural afin de subvenir aux besoins des ménages. Cela entraîne beaucoup de difficultés, mais ce phénomène a fortement diminué et on observe un changement de comportement dans la consommation des légumes. De même, la divagation des bêtes à la recherche d’eau et de nourriture est réduite. Il reste toutefois des besoins énormes au niveau de la région en termes d’investissements à faire dans le cadre de l’hydraulique villageoise, pour enraciner les effets positifs déjà remarquables.

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