A la rencontre de Pougidiba Ouoba, au Burkina Faso

A la rencontre de Pougidiba Ouoba, au Burkina Faso

Conséquences du dérèglement climatique : que fait Action contre la Faim ?
A travers des programmes de gestions des risques liés aux désastres et catastrophes, l’ONG aide les populations les plus vulnérables à adapter leur mode de subsistance. A travers le monde, des hommes et des femmes, à la tête de leur famille, réfléchissent avec nous à la meilleure manière de se faire face aux catastrophes climatiques.

Pougidiba Ouoba est présidente du comité de gestion du Jardin de la Santé de Naboamou, dans la commune de Diapaga. A 40 ans, elle fait le point sur la période compliquée que traverse la région qu’elle connaît bien.

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« L’aléa climatique qui nous pose le plus de problème ici, c’est la sécheresse. Il y a environ 25 ans, sont apparues les sécheresses. Depuis 10-15 ans, je peux dire qu’il y a une sécheresse environ tous les 2 ans. A leur époque, mes parents vivaient de la production agricole mais aujourd’hui il n’y a pas une famille qui puisse dire qu’elle vit uniquement de cela. Maintenant, il y a la sécheresse et le sol est pauvre.

Les conséquences de la sécheresse sur nos conditions de vie ça peut être l’insécurité alimentaire, la pauvreté, l’impossibilité de faire des études… La sécheresse te plonge dans un cycle de pauvreté qui s’acharne et dégrade les conditions de vie année après année.

Les conditions économiques des ménages sont vraiment dégradées par rapport au passé. J’observe que cela vient de plusieurs choses qui ont changé par rapport à mon enfance : la disparition des arbres ; la disparition des pratiques rituelles d’avant saison ; l’ignorance des gens qui les poussent à avoir de mauvaises pratiques environnementales (déforestation, destruction des sols…).

Les gens avaient aussi moins d’enfants car les grossesses n’arrivaient pas toujours à terme. Il y a donc aujourd’hui plus de bouche à nourrir et moins de récoltes.

Maintenant, si tu sèmes aux premières pluies, les précipitations peuvent s’arrêter et gâter tes semis alors qu’avant ce risque n’existait pas. Pourtant, les signes annonciateurs des cultures sont toujours les mêmes : par exemple à la période froide, le vent souffle de l’ouest vers l’est, contrairement à la saison pluvieuse, ce qui annonce quand la saison pluvieuse s’installe. Alors les gens sont perdus ! C’est un vrai dérèglement qui perturbe les habitudes de travail de la terre des gens ! »

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« Mais devant le problème, il faut trouver des solutions. On apprend à observer ces éléments, à s’adapter pour minimiser les risques d’insécurité alimentaire et de malnutrition.

A court terme, le Jardin de la Santé permet d’avoir des légumes frais, de vendre et d’acquérir de l’argent pour s’occuper des enfants maladies ou acheter de la nourriture. Avant, les principaux remèdes à la malnutrition étaient locaux avec les tisanes notamment, maintenant, presque tout le monde va au Centre de Santé.

A long terme, des actions de promotion de techniques comme les cordons pierreux qui piègent l’eau quand elle se fait rare et le choix de semences à cycle court, peuvent nous permettre de restaurer la fertilité de nos sols. »

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« Les formations et actions menées avec Action contre la Faim, nous ont permis d’améliorer nos conditions de vie. Nous pouvons maintenant diversifier l’alimentation de la famille avec la culture des légumes. Le maraîchage est désormais possible grâce à l’installation d’un système d’exhaure (puits) et d’irrigation (système goutte-à-goutte), qui donne envie à d’autres femmes de s’ajouter au groupement !

L’implication des femmes changent aussi les choses. Par exemple, avant, elles ne sortaient que peu des concessions et de leurs foyers, maintenant ce n’est plus le cas, il y a eu des changements positifs en ce sens. Avec l’accès au Jardin de la Santé et l’appui d’Action contre la Faim, elles ont un bout de terrain à cultiver pour elles et leur famille, mais surtout elles vont visiter ensemble d’autres jardins dans d’autres villages. Elles continuent alors de découvrir et d’apprendre les unes des autres. »

Mon souhait aujourd’hui est qu’Action contre la Faim continue encore à nous appuyer jusqu’à ce que notre groupement soit indépendant.

Jardin de la Santé

Rarement propriétaire, les femmes travaillent le plus souvent la terre appartenant à leur famille ou à leurs maris, qui sèment et récoltent des céréales pour la majeure partie.

Un Jardin de la Santé est un jardin où les femmes du village ont accès à un terrain de culture. Pour favoriser la diversité alimentaire, le maraîchage est privilégié sur ces terrains confiés par la communauté villageoise aux femmes identifiées avec Action contre la Faim sur des critères de vulnérabilité. Irrigation, récolte, soin des légumes, préparation des aliments voire vente du surplus sont autant d’éléments auxquels les femmes sont formées. Souvent intrigués, les voisins et les hommes viennent découvrir ces techniques et les reproduisent en partie sur leur terrain. En plus de fournir au des aliments variés en saison et un surplus que les femmes peuvent vendre, les Jardins de la Santé créent une émulation et c’est l’ensemble du village qui y gagne.

 

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