Nuit Noire : Immersion dans la tourmente climatique au Bangladesh


  • NUIT NOIRE – EMPREINTE CLIMATIQUE

    Parcours OFF de la Nuit Blanche

    Samedi 3 octobre de 19h à 02h

    Basée sur le travail du photographe Munem Wasif, l’exposition mettant la lumière sur la menace climatique au Bangladesh, où intervient Action contre la Faim.

    SCAM – 5 avenue Velasquez – Paris 8ème
    Métros : Monceau (2) et Villiers (2 et 3)

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    #NUIT NOIRE – EMPREINTE CLIMATIQUE

    Photographies de Munem Wasif

     

    Né au Bangladesh en 1983, Munem Wasif est diplômé en photographie de l’Institut Pathshala (Bangladesh) où il enseigne aujourd’hui. Son pays natal est son sujet de prédilection. C’est là qu’il élabore ses plus grands projets. Parmi eux, on compte notamment son livre engagé Larmes salées (publié par Images Plurielles en 2011), dans lequel il nous montre par des photographies saisissantes les conséquences du réchauffement climatique dans l’extrême sud-ouest du Bangladesh. Photographe documentaire, ses travaux sont régulièrement publiés dans la presse internationale (Le Monde, The Sunday Times Magazine, The Guardian, Politiken, Days Japan…). Lauréat du Prix Pictet en 2009, du F25 International Award For Concerned Photography de la Fabrica et du Prix du jeune reporter de la ville de Perpignan dans le cadre de Visa pour l’Image en 2008, du Joop Swart Masterclass en 2007…
    Munem Wasif est membre de l’Agence VU’ depuis 2008.

    Sécheresse, inondations, cyclones : depuis les années 1990, le nombre des catastrophes liées au climat a plus que doublé, affectant plus de 95 millions de personnes en 2013. Chaque année, le changement climatique est responsable de 400 000 décès, principalement dus à la faim et touchant les populations les plus vulnérables des pays en développement. Définitivement, les impacts du changement climatique contribuent à l’insécurité alimentaire. Aujourd’hui, ce sont environ 795 millions de personnes qui sont sous-alimentées dans le monde, et d’ici à 2080, 600 millions de personnes supplémentaires seront en état de sous-alimentation à cause du changement climatique.

    Le Bangladesh est l’un des pays les plus impactés par le changement climatique, avec plus de 200 catastrophes naturelles au cours des 40 dernières années. Les deux tiers du pays se situent à moins de 5 mètres au-dessus du niveau de la mer, et le littoral sud est l’une des zones les plus touchées au monde par les cyclones. Entre 1980 et 2000, 60% des victimes de cyclones se trouvaient au Bangladesh.

    Renforcer la capacité de résilience des populations face au changement climatique

    Dans le district de Satkhira, au Sud-Ouest du Bangladesh, l’engorgement des sols est un problème récurrent. Des parties importantes du Sud-Ouest bangladais sont envahies par les eaux chaque année, depuis 2000. Ces eaux peuvent mettre jusqu’à six mois avant de s’évacuer. L’ensemble du littoral bangladais subit les conséquences du changement climatique : augmentation du niveau de la mer, salinisation des sources d’eau et cyclones d’une violence extrême. Cette zone a ainsi connu deux méga cyclones depuis 2007.

     

     

    En juillet et en août 2011, le Sud-Ouest du Bangladesh a été touché par des fortes précipitations (413,8 mm contre une moyenne mensuelle de 332,1 mm). Bien que cela n’ait pas entraîné d’inondations dans le reste du pays, on a constaté un engorgement massif des sols à Satkhira, Jessore et Khulna, trois districts côtiers.

     

     

    2050 : 50 millions
    de réfugiés climatiques au Bangladesh

    Satkhira, le district le plus touché, a été inondé à raison d’1,5 à 2 mètres d’eau, causant un déplacement massif de la population et la destruction d’une partie des maisons, des récoltes et des moyens de subsistance de la population. Selon le gouvernement bangladais, 200 000 foyers sur 390 000 ont été affectés dans six sous-districts de Satkhira. Une réponse humanitaire considérable a été mise en place, et Action contre la Faim est intervenue en urgence auprès de 4 600 foyers. 1070 familles ont également bénéficié d’initiatives visant le rétablissement des moyens de subsistance.

    En octobre 2013, de fortes précipitations ont à nouveau causé des inondations localisées et une stagnation des eaux dans de nombreuses zones du Sud-Ouest bangladais. Les précipitations d’octobre 2013 furent 3,7 fois plus importantes que celles de 2011. ACF est intervenue à nouveau en urgence, en collaboration avec le Programme Alimentaire Mondial (PAM) et d’autres ONG. 32 368 foyers avaient alors un besoin immédiat en sécurité alimentaire dans les districts de Satkhira, Jessore et Khulna. Et il a fallu entre deux et trois mois pour que l’eau se retire entièrement des zones touchées.

    La stagnation des eaux frappe plus sévèrement les personnes pauvres et vulnérables. Dans la région, la population est devenue de plus en plus vulnérable du fait de la récurrence du phénomène. L’économie locale n’est plus en mesure de faire face aux effets répétés et cumulés des stagnations d’eaux précédentes. Et la plupart des moyens de subsistance de la population dépend entièrement des conditions climatiques.

    A court terme, ACF a mis en place des programmes d’assistance permettant aux personnes affectées de travailler et de gagner de l’argent afin de rétablir leurs conditions de vie. A moyen terme, le programme permet à chaque individu d’investir dans une activité génératrice de revenus.

     

     

    « Il y avait des jours où nous n’avions même pas d’argent pour acheter de la nourriture »

    « Nos conditions de vie se sont réellement améliorées depuis les inondations » constate Sonabhan Dasi. La veuve de 55 ans habite le village de Rishipara, dans le district de Satkhira, avec son unique fils. Elle a intégré le programme d’assistance pour les personnes affectées par les inondations et la stagnation des eaux qui frappent chroniquement le Sud-Ouest du Bangladesh. Un programme qui permet aux foyers les plus pauvres de rétablir et d’améliorer leurs conditions de vie, tout en renforçant leur capacité de résilience.

    Les inondations de 2013 ont bouleversé l’équilibre précaire de la vie de la petite famille. Sonabhan et son fils ont dû quitter leur maison pour se réfugier dans le lycée Rajar Bangan pendant un mois. «Il y avait des jours où nous n’avions même pas d’argent pour acheter de la nourriture» se rappelle Sonabhan. Pour survivre, la mère de famille a dû emprunter de l’argent afin de pouvoir acheter de la nourriture.

    Conséquence directe des inondations, leur maison a été envahie par l’eau et partiellement endommagée, ce qui n’a fait qu’aggraver une situation déjà complexe. Endettée, sans source de revenus et sans toit, Sonabhan faisait partie des personnes les plus vulnérables affectées par la catastrophe naturelle. En intégrant le programme, d’une durée de 45 jours, Sonhaban a travaillé à la réparation de certaines infrastructures hydriques. Elle a ainsi gagné la somme de 9 000 taka bangladais, soit un peu plus de 100 euros. Cette somme lui a permis de commencer à réparer sa maison, acheter de la nourriture et rembourser une partie de ses dettes dans un premier temps. Suite à quoi, dans le cadre du programme, elle a reçu 9 000 taka supplémentaires pour lui permettre d’investir dans une activité génératrice de revenus.

     

    Le but : améliorer sa capacité à affronter et à se remettre d’un nouveau choc, une nouvelle crise. Sonabhan a ainsi pu acheter des canards qui, en l’espace de six semaines, ont commencé à pondre des œufs.

     

    « J’achèterai d’autres canards dès que j’aurais épargné assez d’argent pour investir à nouveau ». Pourquoi des canards plutôt que des poules ? A cette question, Sonabhan répond. « Les canards pondent plus tôt que les poules, et surtout ils savent nager. A la prochaine inondation, ils pourront me suivre. »

     

     

    Les personnes vulnérables seront les plus atteintes

    Les changements climatiques affectent davantage les populations déjà vulnérables qui ont peu de moyens de se préparer, de s’adapter aux désastres et de se reconstruire. Les femmes et les enfants, qui ont déjà 14 fois plus de risque de mourir lors d’une catastrophe naturelle sont particulièrement touchés par l’insécurité alimentaire. En 2050, 25 millions d’enfants supplémentaires souffriront de malnutrition comparé à un scénario sans changements climatiques. Les enfants comptent pour 80% des décès attribués aux changements climatiques. Pneumonie, diarrhées, et paludisme sont les 3 plus grandes causes de leur mortalité, et les changements climatiques contribuent largement à leur diffusion.

     

     

    Les femmes au cœur de la réduction des risques liés aux catastrophes naturelles

     

    Au Bangladesh, le dispositif national de gestion des catastrophes naturelles ne permet pas toujours d’atteindre certaines communautés vivant dans les zones côtières isolées. Ces villages se situent sur le littoral, dans le golfe du Bengale, ce qui les rend vulnérables aux cyclones, aux tempêtes tropicales et aux inondations.

     

     

    En première ligne, ces communautés sont toujours les premières à répondre en cas de désastre et sont les mieux placées pour trouver des solutions adéquates aux problèmes que soulève chaque catastrophe. C’est pourquoi il était essentiel pour Action contre la Faim d’accompagner, de développer et de valoriser les compétences des communautés dans la gestion des risques liés aux catastrophes naturelles. ACF a donc mis en place un projet pilote de réduction des risques dans dix villages. 4 000 foyers ont ainsi été ciblés. La plupart d’entre eux étaient dirigés par des femmes et extrêmement exposés à la fois aux cyclones et à d’autres phénomènes de moindre intensité comme les hautes marées, les vents et la salinisation des sources d’eau.

    Lorsque le cyclone Mahasen a frappé les côtes du Bangladesh en mai 2013, le dernier mois du projet, ces mêmes communautés ont naturellement mis en place les mesures de préparation en cas de cyclone. Le rôle des femmes a été déterminant dans la prise de décisions et la protection des vies de chacun.

     

    Le changement climatique menace la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans le monde

    Dégradation des terres, destruction des récoltes, salinisation et pollution des sources d’eau douce, réduction des terres fertiles et des zones de pâturage, fréquence et intensité accrue des inondations et des sécheresses : autant de conséquences dues au changement climatique qui mettent en péril la sécurité alimentaire des populations.


    Les projections les plus optimistes concernant le réchauffement climatique (+2°C à la surface du globe) prévoient que le taux de sous-alimentation en Afrique augmentera de 25 à 90% d’ici à 2050.

    Le changement climatique agit comme un facteur aggravant de menaces déjà existantes et risque de faire reculer les progrès réalisés dans la lutte contre la faim. En diminuant la production agricole, en atteignant les moyens d’existence, il entraine une raréfaction des ressources, une baisse de la qualité nutritionnelle des aliments mais aussi une concurrence exacerbée ainsi qu’une perte d’emplois et de revenus pour les populations impactées, les fragilisant d’autant plus et limitant leurs capacités de résilience. Ainsi, si les tendances climatiques actuelles se confirment, les rendements mondiaux de production de blé diminueront entre 1,3 et 9 % d’ici 2030 et cette diminution pourrait atteindre jusqu’à 29 % en 2080. Une des conséquences sera la flambée des prix alimentaires à l’échelle mondiale dans un futur proche, catastrophique pour les ménages les plus vulnérables. Les ressources en eau seront également menacées exposant des milliers de personnes à une pénurie hydrique aux conséquences désastreuses tant sur le plan agricole que sanitaire.

     

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    Sources : Oxfam, What happened to the seasons?, 2013 • OFDA/CREDF, 2013 Disasters in numbers. Source of data: EM-DAT (March 2014) : The OFDA/CRED – International Disaster Database www.emdat.be Université catholique de Louvain Brussels – Belgium • FAO, FIDA et PAM, L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2015.Objectifs internationaux 2015 de réduction de la faim: des progrès inégaux. Rome, 2015, FAO • UNDP, Human Development Report. Fighting climate change. UNDP, 2007, New York, p. 90. • World Bank Data • PNUD, Gender and disaster risk reduction, Policy Brief, 2013, United Nations Development Programme • IPCC, Human health: impacts, adaptation, and co-benefits (Chapter 11) in: Climate Change 2014: Impacts, Adaptation, and Vulnerability. Part A: Global and Sectoral Aspects. Contribution of Working Group II to the Fifth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change, 2014, p.730 • UNICEF, The Challenges of Climate Change: Children on the front line, 2014.